Réussite scolaire chez les élèves qui se testent régulièrement

Vous êtes étudiants et pensez que les examens blancs en cours d’année ne sont pas indispensables. Vous êtes parent et vous trouvez que votre enfant étudie, étudie beaucoup même, mais que la réussite scolaire n’est pas à la hauteur du travail fourni. Vous êtes élève, n’avez plus beaucoup de temps avant vos examens et ne savez pas exactement par où commencer. Dans toutes les situations décrites, c’est se tester plus qu’étudier la théorie qui va apporter la réussite ! Faire des prédictions et analyser ses erreurs permet au cerveau de mémoriser deux fois mieux et s’auto-évaluer permet également de se situer dans son apprentissage et de se focaliser sur l’essentiel sans perdre de temps.

Un élève mémorise mieux grâce aux prédictions qu’il fait et à l’analyse de ses erreurs

Le cerveau est capable d’émettre de façon inconsciente des prédictions sur son environnement, des probabilités avec un certain pourcentage d’erreur. Ces prédictions, le cerveau va ensuite les comparer avec les résultats obtenus. S’il y a un décalage entre les prédictions et la réalité, l’erreur va générer un état de « surprise » qui augmente à son tour l’état d’apprentissage et va permettre au cerveau d’apprendre de nouvelles données pour réduire ce pourcentage d’erreur. Si l’erreur devient nulle, le cerveau n’a plus besoin d’apprendre et l’apprentissage s’arrête. Un cercle des plus vertueux !

Un enfant qui est purement soumis à de l’étude sans se tester ne va donc pas apprendre aussi bien qu’un enfant qui teste ses connaissances.

Une expérience concluante

C’est particulièrement bien démontré dans une expérience simple qui compare 3 groupes d’élèves qui apprennent pendant une durée équivalente mais sont soumis à un apprentissage composé soit de 8 heures d’études sans période de test, soit de 6 heures d’études et 2 heures de test ou encore de 4 heures d’études et 4h de tests (Karpicke JD1, 2008).

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Fig. (Karpicke JD1, 2008) – réussite scolaire

 

Si on évalue les élèves des trois groupes rapidement après ces différentes séquences (étude uniquement ou alternance étude-tests), on ne voit pas de différence majeure. Ceci peut s’expliquer par le fait que les informations sont encore stockées dans la mémoire court terme, qu’on appelle aussi « mémoire de travail » et que les élèves vont restituer ce qui a été appris avec facilité. En revanche, ce qui est très intéressant est que plus tardivement, ici 48h après avoir passé l’évaluation finale, ce sont les élèves qui ont eu le plus de périodes de tests qui ont le taux de réussite le plus important. Ce sont donc chez ces élèves que la rétention des informations a été la plus efficace et que le passage de la mémoire à court terme vers la mémoire à long terme est le plus abouti…

Si on ajoute des périodes de test, on diminue du même fait la période d’étude or cela a un impact plus que positif sur la mémorisation ! La période de test ne doit donc jamais être négligée, faute de temps par exemple, car elle est tout aussi importante, voire plus, pour l’apprentissage (Karpicke JD1, 2008).

 

L’activité cérébrale

De plus, il est démontré que la surprise engendrée par un écart entre la prédiction et le résultat obtenu vont augmenter l’activité cérébrale dans certaines parties du cerveau et améliorer la mémoire. Les informations dont la connaissance a suscité une grande curiosité et des prédictions de la part de l’élève vont être retenue presque deux fois mieux que celles qui n’ont suscité que pas ou peu d’intérêt (Kang MJ1, 2009).

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Et encore plus incroyable:

Si la curiosité d’un élève est élevée pour une information, s’il reçoit une autre information qui n’a rien à voir juste après avoir reçu l’information qu’il attendait, les deux informations seront mémorisées avec la même efficacité (Gruber, 2014)! La rétention en mémoire quand la curiosité est augmentée est donc non seulement meilleure pour les informations recherchées mais aussi pour des informations fortuites qui peuvent être complètement hors domaine, hors sujet … simplement du fait que certaines parties du cerveau sont activées par la curiosité pour certaines informations à ce moment-là. La mémorisation de ces informations fortuites, non recherchées par l’élève, bénéficie de l’activation du cerveau curieux. Il est donc possible de maximiser l’apprentissage dans plusieurs domaines pour lesquels l’élève n’est pas forcément curieux de nature simplement en le plaçant dans une situation dans laquelle sa curiosité est stimulée de façon générale. C’est ce qu’on pourrait appeler un double effet Kiss cool 😉

La curiosité intellectuelle ou comment l’élève recherche activement de lui-même à faire des prédictions

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L’enfant a une motivation intrinsèque pour l’exploration et la découverte de nouvelles connaissances. Il va ainsi de lui-même rechercher activement des situations dans lesquelles il peut faire des prédictions sur son environnement, être surpris par les réponses et ajuster sa pensée à la réalité qu’il découvre (Kaplan, F et Oudeyer, PY, 2007).

Encore faut-il que son environnement, scolaire entre autres, lui permette de faire des prédictions et d’atteindre la réussite scolaire …

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Réussite scolaire: Apprendre à utiliser un microscope peut se faire de bien des manières différentes, quelle serait la meilleure manière selon vous ? …

Cours Magistral

En effet, rester passif devant une information qui est reçue ne suffit pas pour apprendre. Un cours magistral donné par un professeur « omniscient » qui ne laisse pas de place à l’interaction avec les élèves par exemple n’est absolument pas favorable à une bonne mémorisation des informations. C’est cette réalité que met en avant le résumé de pas moins de 200 projets de recherche sur la question (Freeman, S, 2014).

Pédagogie active

En comparaison, les pédagogies dites “actives” semblent beaucoup plus aptes à assurer aux élèves une bonne rétention des connaissances car elles attisent la curiosité de l’apprenant en lui permettant d’émettre ces fameuses prédictions, d’explorer par lui-même, de poser des questions, de collaborer avec d’autres élèves. Ces pédagogies laissent entendre qu’au-delà de ce que le professeur enseigne, il y a de nouvelles choses que l’élève peut apprendre par lui-même car le professeur n’a pas tout dit ou tout simplement car il ne connaît pas tout contrairement à un enseignant qui se présenterait comme un maître-expert dont on ne peut interrompre le monologue … (Bonawitz, 2011).

Apprendre seul

Laisser l’élève découvrir par lui-même sans encadrement, en toute “liberté” (comme dans certains types d’apprentissage autonome) ne permet pas non plus, à l’instar des enseignements magistraux, un apprentissage efficace ! En effet, cette façon de procéder ne canalise pas les efforts de l’enfant vers un but d’apprentissage en particulier (Mayer, 2004).

Le cerveau choisi un domaine ni trop simple ni trop difficile pour faire ses prédictions

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Le cerveau évalue différentes niches d’apprentissage dans lesquelles il peut progresser facilement càd dans lesquelles l’écart entre ce qu’il connaît (l’erreur de prédiction actuelle) et ce qu’il voudrait connaitre (avec une erreur de prédiction nulle) peut être minimisé le plus rapidement possible (Kaplan, F et Oudeyer, PY, 2007). Le cerveau abandonne ensuite la niche quand il estime que l’apprentissage est suffisant, càd quand l’ennui s’installe et que le défi n’est plus suffisamment important que pour assurer la motivation d’apprendre.

Stimulant

Il faut donc également s’assurer que l’apprentissage soit suffisamment stimulant pour que l’élève aie envie de faire des prédictions et de les vérifier !

  • En effet, si ce qui doit être appris est difficile, l’élève devra doubler d’effort et de curiosité et apprendra du coup mieux. S’il n’a aucun challenge, le cerveau détecte qu’entre les connaissances acquises et celles qui restent à apprendre, le décalage est minime et l’apprentissage sera minimal de même. Ceci ne le motive pas à faire des prédictions et à générer cet effet de surprise qui le stimule.
  • Au contraire, si le domaine est trop difficile, l’écart entre ce qui est connu et ce qui reste à découvrir est trop important et le cerveau se désintéresse.

Mais pas inaccessible

Nous sommes naturellement amenés à investiguer des domaines ou des parties de cours qui sont rapidement appropriables plutôt que des domaines trop difficiles.

La réussite scolaire d’un élève dépend donc également de la faculté d’un professeur à évaluer correctement le niveau de difficulté adéquat pour chaque élève …

La réussite scolaire et le système de notation …

Ne pas sanctionner une erreur – Ne pas récompenser une bonne réponse

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Enfin, peut-on augmenter la curiosité des enfants en la renforçant avec des récompenses pour qu’ils apprennent mieux ? Cette question a lieu d’être car les circuits neuronaux du plaisir qu’a un enfant quand il fait une prédiction correcte ou qu’il apprend quelque chose sont les mêmes que ceux qui s’activent quand il « reçoit » quelque chose de son environnement (Gruber, 2014). Il peut s’agir d’un cadeau mais aussi d’une reconnaissance sociale (bons points de la part d’un professeur par exemple).

Peut-on dès lors encourager de façon artificielle une curiosité qui n’est pas présente de facto chez l’enfant de façon par exemple à compenser un manque de motivation pour tel ou tel matière ?

Ce n’est sans doute pas souhaitable. Pourquoi ?

  • Quand votre enfant trouve la bonne réponse, ou évolue dans son apprentissage, il trouve souvent une récompense intrinsèque dans le regard qu’il porte sur-lui-même.
  • De plus, vivre à travers le regard des autres, notamment des professeurs, voir à travers les récompenses matérielles qui sont octroyées ne favorise pas le développement de l’estime de soi qui est, elle en revanche, tout à fait nécessaire à l’apprentissage.

De la même façon, quand votre enfant fait une erreur, il est absolument contre-productif de vouloir le sanctionner ou le réprimander avec des « mauvais » points.

  • D’abord et tout simplement car cela génère en lui du stress qui empêche son attention d’être focalisée sur ce qu’il apprend.
  • Ensuite car cela diminue également l’estime qu’il a de lui et il a été démontré, comme dit précédemment, qu’une bonne estime de ses capacités d’évoluer et d’apprendre de nouvelles choses vont conditionner l’enfant à apprendre plus facilement.

Ceci est évidemment en contradiction avec le système d’évaluation actuellement en vigueur des les écoles françaises et belges. Il serait donc peut-être utile, non seulement de rendre les cours plus interactifs, mais également de se tourner vers d’autres types d’évaluation tels que ceux instaurés dans d’autres pays par exemple mais cela n’est pas le débat de cet article.

En bref, que faire pour que votre enfant apprenne mieux et assurer sa réussite scolaire ?

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  1. Laisser à l’enfant l’opportunité de faire des prédictions dans un environnement dans lequel il peut interagir mais aussi dans lequel il est « guidé » par l’enseignant. Celui-ci doit avoir « réfléchi » auparavant à une séquence d’apprentissage dans lequel l’enfant peut avoir une suite de surprises intellectuelles. Une pédagogie active vaut donc mieux qu’un cours magistral dans lequel il écoute passivement l’enseignant « expert » mais aussi plutôt qu’un enseignement dit « autonome » où il est laissé à lui-même.
  2. Lui présenter des domaines d’apprentissage d’un niveau de difficulté suffisant pour être stimulants mais pas trop difficiles.
  3. Donner à l’enfant un retour sur erreur immédiat pour qu’il puisse confronter ses prédictions à la réalité et augmenter son apprentissage
  4. Ne pas sanctionner ou récompenser l’enfant selon les résultats qu’il obtient. Il trouve en lui les ressources nécessaires pour s’améliorer ou se récompenser selon les cas.

 

J’espère que vous aurez compris à quel point s’évaluer est important pour la mémorisation et l’efficacité du travail que votre enfant accompli chaque jour.

N’hésitez pas à me laisser des commentaires ou à vous abonner à ce blog J

Sarah

 

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Matériel scolaire indispensable pour bien apprendre !

Travaux cités

Bonawitz, E. (2011). The double-edged sword of pedagogy: Instruction limits spontaneous exploration and discovery. Cognition, 120(3):322-30.

Freeman, S. (2014). Active learning increases student performance in science, engineering, and mathematics. PNAS, 111(23):8410-5.

Gruber, M. (2014). States of curiosity modulate hippocampus-dependent learning via the dopaminergic circuit. Neuron, 84(2):486-96.

Kang MJ1. (2009). The wick in the candle of learning: epistemic curiosity activates reward circuitry and enhances memory. Psychol SCi, 20(8):963-73.

Kaplan, F et Oudeyer, PY. (2007). In search of the neural circuits of intrinsic motivation. Front Neurosci, 1(1):225-36.

Karpicke JD1, R. H. (2008). The critical importance of retrieval for learning. Science, 319(5865):966-8.

Mayer. (2004). Should there be a three-strikes rule against pure discovery learning? The case for guided methods of instruction. Am Psychol, 59(1):14-9.

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3 thoughts on “Réussite scolaire chez les élèves qui se testent régulièrement”

  1. Le Blog du Rédacteur says:

    Génial cet article, riche en enseignement et ultra-complet. Toutes ces études prouvent encore par A+B que l’école en France a encore bien du travail à faire.
    Merci, je garde dans mes favoris 🙂

  2. Super article Sarah, je m’efforce de fonctionner comme cela avec mes étudiants et je dois dire que pour le moment les érsultats sont au rendez vous.
    Je trouve que dans la pratique 2 points sont cruciaux:
    *les faire fonctionner tout le temps avec des schémas de prédiction (si tu as une astuce je suis preneuse)
    *l’adaptation du niveau de difficulté (parfois, je me râte :)…)
    Qu’en penses tu?

    1. Sarah Carpentier says:

      Merci. Je pense que le support n’a pas tellement d’importance et qu’à partir du moment où ils peuvent même faire des prédictions par exemple à l’oral, en groupe, le cerveau est déjà plus attentif et une information qui les surprend d’autant mieux mémorisée. 🙂
      Pour ce qui est du niveau de difficulté par contre, c’est très compliqué de jauger au mieux et d’adapter selon chaque élève. Il faut que ce soit à la fois suffisamment compliqué pour challenger le cerveau mais pas inaccessible …

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