Enfant violent & jeux vidéo violents. Y a t’il un lien ?

Enfant violent, la faute aux jeux vidéo violents ? Possible, mais pas certain

Les media et les réseaux sociaux se font régulièrement écho d’une désensibilisation à la violence des enfants qui jouent à des jeux vidéo, d’autant plus quand ceux-ci sont également considérés comme étant violents. Mais quand est-il vraiment ? Pouvons-nous réellement établir un lien de causalité entre jeux vidéo et comportement violent ? La réponse est non, pas vraiment et voici pourquoi …

Il y a quelques semaines, l’école de mes enfants m’a demandé de parler de l’impact des écrans sur nos jeunes. Ma réponse a été immédiate. Bien que nous n’ayons pas de jeux vidéo chez moi ni de télévision, je ne pourrai pas « diaboliser » les écrans. En effet, contrairement aux réseaux sociaux où la désinformation a de beaux jours devant elle, je me dois de me baser sur ma formation et mon expérience scientifique pour répondre. Et la réponse qui nous vient de la recherche scientifique est infiniment plus complexe que ce que l’on peut lire sur internet.

Alors, pourquoi ne pas autoriser mes enfants à jouer aux jeux vidéo me direz-vous … ?

Leur âge ! Le plus grand ayant 7 ans.

Les écrans ont un rôle délétère sur les fonctions cognitives dont je parle dans cet article. Ces mêmes fonctions cognitives sont en pleine maturation à l’âge de mon fils aîné d’où mon envie de limiter au mieux son exposition.

Aidez son cerveau à mieux réguler son comportement

Il est en revanche plus compliqué de mettre en évidence un réel lien de causalité entre violence et jeux vidéo.

Je m’explique.

L’expérience à l’origine du buzz …

En 2006, Bartholow et coll. (A.Sestird, 2006) compare deux groupes de joueurs de jeux vidéo. Le premier groupe a l’habitude de jouer à des jeux vidéo violents, le second a l’habitude de jouer à des jeux vidéo non violents. On leur présente deux types d’images : des images violentes et des images non violentes. Le but est de comparer leur réaction sur un ECG (électroencéphalogramme), notamment un potentiel d’action (une onde cérébrale pour faire simple) nommée « P300 » dont l’amplitude est censée représenter le degré d’aversion, la sensibilité à l’image qu’on leur présente.

Sur le graphique, on remarque que les joueurs de jeux vidéo violents présentent une légère diminution de l’amplitude de réaction à des images violentes comparé à des joueurs de jeux vidéo non violents. Il en a été déduit que l’aversion des joueurs de jeux vidéo violents (virtuel) pour la violence dans la vie réelle était moindre que chez les autres joueurs ou les non-joueurs de jeux vidéo et que de là viendrait prétendument leur agressivité. Quand on leur présentait des images déplaisantes mais non violentes, leurs « réactions » étaient les mêmes.

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enfant violent

Et pourtant …

Lien de causalité ou simple corrélation ?

Si je vous dis : « Un chat a des griffes ». Vous allez me dire « ok ». Est-ce que cette première affirmation m’autorise à affirmer que « tout ce qui a des griffes est un chat » ? Bien sûr que non !

Pourquoi ?

Parce que le lien entre les griffes et le fait d’être un chat n’est pas un lien de causalité mais une simple corrélation.

Une corrélation implique qu’un phénomène « A » est lié à un phénomène « B » mais rien ne dit (à ce stade) que le phénomène « B » est la conséquence du phénomène « A ». Rien ne dit que le phénomène « A » est la cause du phénomène « B ».

Un autre exemple très connu des chercheurs et qui amusent beaucoup mes étudiants : la corrélation entre la taille des pieds et la réussite aux dictées. Plus vous avez de grands pieds, moins vous ferez de fautes d’orthographe à une dictée.

Incroyable ?

Le lien de corrélation est parfait et il existe bel et bien !

Y a-t-il pourtant un lien de causalité entre les deux ?

Est-ce parce que vous avez de grands pieds que vous réussissez mieux une dictée que votre voisin ?

Bien sûr que non !

Le lien de causalité ne se situe pas là. Plus vous êtes vieux, plus vos pieds grandissent et plus vous êtes vieux, plus vos compétences en orthographe évoluent … C’est une troisième composante qui est le lien de causalité.

Vous me suivez ?

Quand deux phénomènes semblent liés notre cerveau va un peu trop « vite en besogne » et a tendance à en faire un lien de causalité, on appelle cela un « biais d’attribution causale ». C’est un des biais cognitifs qui nous pousse à croire dur comme fer en quelque chose alors que cette chose est fausse.

Si vous voulez en savoir plus sur les biais cognitifs, notamment ceux à l’origine des neuromythes, je vous conseille cet article et cette vidéo.

Dans l’étude qui comparait ces jeunes adultes et leur aversion pour des images violentes, on déduit des résultats un lien de causalité : Jouer à des jeux vidéo violents (virtuel) rendraient plus agressifs, plus violents car cela désensibiliserait notre cerveau à la violence (réelle).

Pourtant l’étude ne démontre pas cela. Il existe bel et bien un lien entre jeux vidéo violents et désensibilisation à la violence certes, mais rien ne prouve à ce stade que ce soit l’utilisation des jeux vidéo qui rende plus violent.

En effet, on pourrait penser que les jeunes adultes de l’étude étaient prédisposés à la violence et donc plus naturellement attirés par les jeux vidéo violents par exemple (causalité inversée). Il a d’ailleurs été démontré que l’exposition aux écrans était d’autant plus importante dans les familles qui se désinvestissaient de l’éducation de leur enfant (XXX)

De plus, admettons que le fait de jouer à des jeux vidéo violents désensibilise à la vue d’une image violente, peut-on en déduire que le joueur sera forcément plus violent dans la vie réelle ou qu’il ne réagira pas s’il est confronté à une situation violente, pour aider quelqu’un par exemple ? Non ! De récentes études ont montré que jouer à des jeux vidéo violents ne rendaient pas moins empathiques comme le suggère les réactions des participants (imagerie cérébrale) à des images de douleur ou de torture …(Xuemei Gao, 2017) (Gregor R. Szycik, 2017) (Gregor R. Szycik 1. B., 2017) (Kühn S.a, 2018)

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enfant violentLes images de peine physique et de non-peine.

enfant violent

Activation des régions du cerveau suite au visionnage des images de peine (gyrus occipital, temporal et fusiforme.

enfant violent

(A) Situation sociale émotionnellement négative impliquant deux partenaires (EMOT-TWO), (B) situation sociale émotionnellement neutre impliquant deux partenaires (NEUT-TWO), (C) situation sociale émotionnellement négative impliquant un partenaire (EMOT-ONE), et (D) situation sociale émotionnellement neutre impliquant un partenaire (NEUT-ONE).

enfant violent

Analyse IRM Sites cérébraux identifiés dans la réponse aux images

 

Jeu vidéo violent – enfant violent …Que devriez-nous tester pour mettre en évidence ce lien causal ?

C’est là où le bât blesse.

Pour faire une étude correcte, et éliminer les biais dont j’ai parlé précédemment, il faudrait comparer deux groupes d’enfants qui n’ont jamais jouer aux jeux vidéo de leur vie. L’un serait exposé à des jeux vidéo non violents et l’autre à des jeux vidéo violents pendant un certain laps de temps.

Ce qui est complètement contre l’éthique !

Comment oserions nous demander à des parents d’exposer leurs enfants à quelque chose qui est potentiellement néfaste pour leur développement ?

On voit très bien ici que même en recherche scientifique, il faut de multiples études croisées, et une méthodologie solide excluant tout biais pour parvenir à démontrer avec certitude un phénomène.

Les médias se sont fait le relais de quelque chose sur lequel même la communauté scientifique polémique depuis de nombreuses années.

Certaines études affirmant que ce lien de causalité existe bel et bien, d’autres études affirmant le contraire.

 

Et les jeux vidéo d’action par exemple ?

Si les jeux vidéo violents sont souvent décriés y compris par la communauté scientifique, il n’en va pas de même pour les jeux vidéo dit d’action.

Beaucoup de groupes de recherche ont étudié les effets des jeux vidéo sur le fonctionnement et le comportement du cerveau. L’un des principaux enseignements est que tous les jeux vidéo de divertissement n’impactent pas le fonctionnement cognitif de la même façon.

Les jeux vidéo d’action sont considérés (par les scientifiques) comme ceux dans lesquels il y a des actions de tir en comparaison avec les autres types de jeux.

Ces jeux semblent avoir des effets plutôt positifs sur certaines compétences, notamment la reconnaissance visuo-spatiale, la perception des mimiques faciales. Assez intuitif en somme.

Il est également à noter que l’utilisation des jeux vidéo est commune dans le traitement de certaines pathologies, notamment dans le cas de l’autisme.

 

Alors que penser ?

Personnellement, je vous déconseillerai de laisser vos enfants jouer à des jeux vidéo violents.

En effet, même si la communauté scientifique se déchire parfois sur la question, de plus en plus d’études, et de plus en plus fiables, tentent à démontrer qu’il existe bel et bien un lien entre le fait de jouer à des jeux vidéo violents et un comportement agressif (Anderson, 2010).

Et les autres jeux vidéo ?

Je dirai qu’il faut mettre de la mesure dans toute chose.

L’addiction aux jeux vidéo, qu’ils soient violents ou non d’ailleurs, a des effets sur le cerveau qui sont loin d’être anodins. Notamment changement au niveau de la matière blanche et grise (F.Münteae, 2020) (S Kühn, 2014), parfois perçu de façon positive, parfois de façon négative par la communauté scientifique.

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Et cela n’est qu’un des nombreux exemples d’effet que nous sommes seulement occupés à analyser.

Il est donc nécessaire pour le parent d’apprendre à l’enfant à gérer le temps qu’il consacre aux jeux vidéo, même pour les jeux vidéo non violents …

Dans cet article, vous pourrez trouver quelques pistes pour vous y aider en tant que parent.

Gérer le temps d’écran

A bientôt

 

Des outils pour apprendre

 

Enfant violent, la faute aux jeux vidéo violents ? Bibliographie

A.Sestird, B. D. (2006). Chronic violent video game exposure and desensitization to violence: Behavioral and event-related brain potential data. Journal of Experimental Social Psychology, Volume 42, Issue 4, July 2006, Pages 532-539.

Anderson, C. A. (2010). Violent video game effects on aggression, empathy, and prosocial behavior in eastern and western countries: a meta-analytic review. Psychological Bulletin, 136(2), 151–173.

F.Münteae, B. R. (2020). Structural brain changes in young males addicted to video-gaming. Brain and Cognition, Volume 139, March 2020, 105518.

Gregor R. Szycik, 1. B. (2017). Lack of Evidence That Neural Empathic Responses Are Blunted in Excessive Users of Violent Video Games: An fMRI Study . Front Psychol., 8: 174. .

Gregor R. Szycik, B. M. (2017). Excessive users of violent video games do not show emotional desensitization: an fMRI study . Brain Imaging and Behavior, volume 11, pages736–743(2017).

Kühn S.a, b. ·. (2018). The Myth of Blunted Gamers: No Evidence for Desensitization in Empathy for Pain after a Violent Video Game Intervention in a Longitudinal fMRI Study on Non-Gamers . Neurosignals, 26:22–30 .

S Kühn, T. G. (2014). Playing Super Mario induces structural brain plasticity: gray matter changes resulting from training with a commercial video game. Molecular Psychiatry , volume 19, pages265–271.

Xuemei Gao, 1. W. (2017). Long-Time Exposure to Violent Video Games Does Not Show Desensitization on Empathy for Pain: An fMRI Study. Front Psychol., Front Psychol. 2017; 8: 650.

 

 

 

2 thoughts on “Enfant violent & jeux vidéo violents. Y a t’il un lien ?”

  1. nicolagravatars says:

    article intéressant sur le sujet, il faudrait d’autre étude sur le sujet et je pense également comme tu l’as dit en fin d’article qu’il ne faut vraiment pas faire jouer les jeunes enfants à des jeux trop violent.

    1. Sarah Carpentier says:

      Oui actuellement, et même si la communauté scientifique est assez divisée sur le sujet, on remarque tout de même que de plus en plus d’études établissent un réel lien de causalité entre violence dans les jeux vidéo et désensibilisation. Mais il est intéressant de voir comment une idée est née et a été largement diffusée alors que l’étude de l’époque ne permettait pas de la valider.

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