Dictée de mots, la préparer efficacement

Préparer sa dictée de mots…Et si nos méthodes d’apprentissage de l’orthographe étaient dépassées ? Vous êtes à la recherche d’idées originales pour rendre l’apprentissage de l’orthographe amusant et améliorer la mémorisation de l’orthographe de nouveaux mots grâce aux découvertes en neurosciences, c’est par ici … Moyens mnémotechniques, auto-évaluation, recherche active, mots-croisés … l’époque du « drill » est révolue.

Un apprentissage exigeant

dictée de mots

Si vous avez comme moi un enfant en CP/CE1/CE2 (en début des primaires pour mes amis belges), la dictée de mots est certainement un exercice auquel votre enfant doit s’adonner assez régulièrement.

En effet, juste après l’apprentissage de la lecture et de l’écriture, vient l’apprentissage de l’orthographe, de la grammaire et de toutes les joyeusetés de la langue française…Spécificités orthographiques et grammaticales, ponctuation, synonymes, homonymes, homophones, accord des participes, verbes, accent grave, accent aigu, accent circonflexe …la langue française est riche et complexe. Même nous, adultes, ne sommes pas à l’abri d’une faute d’orthographe, d’une faute de grammaire, d’une erreur de syntaxe et le correcteur orthographique nous est d’une précieuse aide … Ce n’est pas moi, peu douée en orthographe qui vous dira le contraire, oups !

 

La répétition des mots ne suffit pas et diminue même la mémorisation

dictée

Le drill

Au début de cet apprentissage exigeant, c’est avant tout par la répétition de nouveaux mots et des évaluations régulières que les enseignants et enseignantes espèrent que nos enfants apprendront.

Or saviez-vous que la répétition des mots n’est pourtant pas la meilleure chose à faire ? La répétition ou « drill » en anglais, diminue la mémorisation d’une information (English et al., 2014 – Mulligan et al., 2018). En effet, plus votre enfant répète le mot, plus il sera susceptible d’oublier les petites spécificités de la langue française qui caractérisent le mot à intégrer dans son répertoire.

Comment est-ce possible ?

Le cerveau “se lasse” car il n’apprend plus de nouvelles choses et il devient d’un coup moins motivé et moins attentif.

En effet, à chaque fois que votre enfant apprend une nouvelle information, son cerveau évalue très rapidement la différence entre ce qu’il connaît déjà et ce qu’il doit apprendre.

 

  • Différence optimale: Si la différence entre ce qui est connu et ce qui ne l’est pas encore est-ce suffisamment importante, un système d’alerte va s’activer pour permettre au cerveau d’être plus attentif à cette nouvelle information et la mémoriser (Gruber et al., 2014). « La curiosité » intellectuelle est à son comble.
  • Différence trop importante: Au contraire, si la différence entre ce qui est déjà connu et ce qui est à apprendre est trop importante, le cerveau considère que l’apprentissage de cette nouvelle information est trop difficile et le système d’alerte ne s’active pas.
  • Différence trop minime: De la même façon, si la différence entre ce qui est connu et la nouvelle information n’est pas assez importante, le système d’alerte ne s’active pas. Tout se passe comme si le cerveau considérait qu’il n’est plus pertinent d’être attentif car le bénéfice de ce nouvel apprentissage est minime. La mémorisation de cette nouvelle information en pâtit.

 

C’est ainsi que la répétition des mots d’une dictée à intervalles réguliers et de façon « monotone » çàd à l’identique, sans faire varier les méthodes d’apprentissage, ne donnera pas les meilleurs résultats !

N’avez-vous jamais été étonné de voir que malgré les exercices répétés de votre enfant pour mémoriser ses mots de vocabulaire, il semble ne plus se souvenir de ce qui était auparavant connu alors que le moment de l’évaluation est arrivé ? Hormis les effets du stress lié à l’évaluation, ce phénomène est pourtant très bien connu des neuroscientifiques.

La satiété sémantique

Avez-vous déjà entendu parler de « satiété sémantique » ? Non ? Tentez de répéter plusieurs fois en peu de temps le terme « imagination » par exemple.

Peu à peu vous allez douter de son sens, d’autant plus si tout d’un coup, vous retrouvez ce terme dans un texte, dans son contexte.

Vous allez ensuite douter de son orthographe.

Enfin, si vous le voyez écrit sur un bout de papier, vous n’arriverez peut-être même plus à en déchiffrer les lettres

Ce phénomène s’explique par l’activation répétée du même chemin synaptique, càd d’une même connexion de neurone à neurone, qui, de par son activation successive, se désensibilise au fur et à mesure que votre cerveau y fait appel. Le processus neuronal impliqué n’est pas le même que dans le cas du drill mais il est tout de même intéressant de constater à quel point, la variété plutôt que la répétition, est bénéfique à la mémorisation.

 

Étudier sa dictée de mots de façon fun et variée

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Je vais vous donner ici une méthode efficace pour permettre à votre enfant de retenir facilement et avec plaisir les mots de vocabulaire qu’il doit connaître pour sa dictée. Cette méthode fait appel à la fois à la variété et à l’efficacité de plusieurs stratégies d’apprentissage telles que testées expérimentalement.

 

Première étape : L’enfant alterne lecture du mot et évaluation

orthographe

Quand le cerveau est « interrogé » sur ce qu’il croit connaître et qu’il était « étonné » de la réponse, à savoir une information différente de l’hypothèse qu’il a émise, il va s’activer de façon optimale pour mémoriser cette information.

Il a d’ailleurs été démontré par la recherche scientifique que ce sont les élèves qui s’évaluent le plus (quitte à passer plus de temps à s’interroger qu’à véritablement « étudier ») qui réussissent le mieux (Karpicke et al., 2008 – Fernandez et al., 2016 – Gotthard et al., 2018) ! Si vous voulez en savoir plus, vous pouvez consulter cet article.

Réussite scolaire chez les élèves qui se testent régulièrement 🎓😎

 

Ces expériences nous montrent d’ailleurs également à quel point faire des erreurs est essentiel pour la mémorisation.

Quand votre enfant reçoit sa liste de mots de vocabulaire à retenir, il peut donc commencer par en observer toutes les caractéristiques puis assez rapidement il sera utile d’en cacher l’orthographe pour tenter de les réécrire sur une feuille blanche. Il peut ainsi faire des va-et-vient entre la forme correcte des mots et ce qu’il connaît déjà de l’orthographe de ces mots.

 

Les enseignants encouragent déjà souvent les enfants à procéder de cette manière pour étudier et préparer leur dicter.

En revanche, ce que nous oublions souvent est d’encourager nos enfants à consulter l’orthographe de ces mots de différentes façons pour que le cerveau reste motivé, que la curiosité intellectuelle (qui n’est donc pas qu’un terme mais bien une réalité visible sur un IRM) soit encore présente et que la zone du cerveau correspondante soit activée…

 

 

Deuxième étape : Faire appel aux associations mentales pour les difficultés orthographiques

dictée de mots

Certains mots présentent des particularités telles que l’enfant pense souvent qu’il ne peut que les retenir « par cœur ».

Or il existe nombre de moyens mnémotechniques qui peuvent l’aider à mémoriser.

Prenons l’exemple du mot « saut ». La lettre « t » à la fin de ce mot est une particularité. Bien que nous, adulte, savons que le nom commun « saut » vient du verbe « sauter » et que donc de facto il prendra un « t » final, pour notre enfant, cela ne va pas de soi.

Dessiner le mot de vocabulaire en associant une image à la spécificité orthographique: l’athlète qui saute au-dessus de la barre du fameux « t », peut aider votre enfant.

D’ailleurs, plusieurs livres sont sortis dernièrement et ont pour objectif de mettre en avant les spécificités de certains mots dans un dessin que l’enfant pourra retenir facilement. Votre enfant aura ainsi étudier le mot dans le contexte et selon la méthode enseignée en classe puis il aura vu le mot dans un dessin qui lui rappellera ce à quoi il doit faire particulièrement attention.

      

 

 

Troisième étape : La recherche active

Si votre enfant est en âge d’utiliser un dictionnaire, il peut s’avérer utile de lui demander d’aller vérifier l’orthographe du mot pour lequel il hésite encore. En effet, la mémorisation est d’autant plus facile que notre cerveau est orienté vers une tâche.

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Le centre d’attention dit « d’orientation » (Egyed et al, 2013) renseigne le cerveau sur l’information prioritaire sur laquelle se focaliser dans une masse d’informations et de stimuli « parasites ».  Le cerveau est plus « attentif » et mémorisera mieux dès lors que ce centre est activé.

 

Quatrième étape : La contextualisation

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Le cerveau préfère toujours les informations qui sont généralisables çàd qu’il peut réutiliser dans d’autres contextes aux informations plus spécifiques. On pourrait dire en un sens qu’il s’économise.

L’énergie déployée à mémoriser de nouvelles informations doit d’abord être dirigée vers les informations qui nous serviront plusieurs fois. Notre cerveau a d’ailleurs développé avec le temps une certaine habileté pour repérer ces informations (prosodie particulière de l’enseignant, regard, …) si vous voulez en savoir plus, je vous conseille cet article sur les meilleures façons de capter l’attention d’un élève.

Il manque d’attention ? Voici ce que vous pouvez faire !🧐

Intégrer les mots de vocabulaire dans des phrases varées est donc beaucoup plus bénéfique à la mémoire que questionner l’enfant sur le mot en particulier.

Pour les mêmes raisons, un enfant qui lit régulièrement aura très probablement également des facilités en orthographe par rapport à un enfant qui lit moins.

Enfin, si cette activité est tombée en désuétude pour beaucoup, écrire des lettres, des cartes de vœux, des recettes … est une excellente façon d’utiliser ce qui a été appris pour atteindre un objectif et contextualiser des mots disparates qu’il fallait jusqu’alors uniquement apprendre pour « réussir sa dictée » …

 

Cinquième étape : Le jeu

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Faire faire à votre enfant des mots croisés, des mots fléchés et jouer avec lui au Scrabble sont également autant de façons différentes de lui faire retenir l’orthographe des mots qu’il doit apprendre.

Saviez-vous que les capacités intellectuelles sont préservées chez les personnes plus âgées qui s’adonnent régulièrement à la pratique des mots croisés (Toma et al., 2014) ?

De plus, l’expérience scientifique a mis en évidence que la pratique des mots croisés favorise l’intégration de deux sous parties de la mémoire de travail.

Qu’est-ce que le mémoire de travail ? C’est la mémoire à court terme que nous utilisons quand nous initions l’apprentissage de nouvelles informations. Les informations passeront ensuite dans la mémoire à long terme.

Un exemple, votre enfant apprend un poème. Il va retenir les rimes du poème pour quelques secondes seulement …c’est sa mémoire de travail. S’il répète plusieurs fois le poème à des intervalles de temps réguliers, les informations relatives au poème vont passer de la mémoire de travail à la mémoire long terme.

Cette mémoire de travail est constituée de deux sous-parties, le « carnet visuo-spatial » qui est responsable du traitement des informations visuelles et la « boucle phonologique » (Baddeley et al., 2000), responsable du traitement des informations linguistiques.

Les neurosciences ont mis en évidence que nous utilisons souvent soit l’une soit l’autre de ses sous parties, en alternance, excepté quand nous pratiquons les mots croisés.

La pratique des mots-croisés oblige les deux sous-parties à collaborer et le transfert des informations de la mémoire à court terme vers la mémoire à long terme devient plus performante grâce à la collaboration des ces deux structures dans ce qu’on a appelé le “tampon épisodique”.

C’est ainsi que les individus qui ont perdu une structure du cerveau appelée « l’hippocampe » qui est le siège de la mémoire long terme, sont tout de même capables de retenir à long terme des éléments qui ont été répété au travers des exercices de mots croisés (Skotko et al., 2004).

Faire des mots croisés n’est donc pas seulement une nouvelle façon de varier les méthodes d’apprentissage de nouveaux mots de vocabulaire mais aussi une activité qui va aider votre enfant à mémoriser ces nouveaux mots sur le long terme …

Vous pouvez trouver ici des mots croisés à imprimer pour votre enfant

 

En résumé

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Évaluation, moyens mnémotechniques pour les spécificités orthographiques, recherche active, contextualisation, jeux … toutes ces méthodes sont plus efficaces que le « drill » qui est malheureusement encore souvent d’application.

Il n’est évidemment pas nécessaire de passer par toutes ces étapes pour tous les mots, comme il n’est pas nécessaire non plus de passer par toutes ces étapes successivement pour les mots dont l’orthographe demande plus d’efforts.

Il s’agit plutôt ici de prendre de bonnes habitudes: lecture, mots-croisés, recherche dans un dictionnaire, correspondance avec la famille, dessins …sont autant d’occasions de mémoriser efficacement les nuances de notre belle langue.

En espérant ne pas avoir fait trop de fautes d’orthographe 😉 …

A bientôt

Des Outils Pour Apprendre

 

Dictée de mots – Bibliographie

Baddeley A. et al. (2000). The episodic buffer: A new component of working memory ? Trends in Cognitive Sciences, vol. 4, pp.417-423.

Egyed K1, K. I. (2013). Communicating shared knowledge in infancy. Psychol Science, 1348-53.

English MC1, V. T. (2014). Exploring the repetition paradox: the effects of learning context and massed repetition on memory. Psychon Bull Rev., Aug;21(4):1026-32.

Fernández RS1, B. M. (2016). The fate of memory: Reconsolidation and the case of Prediction Error. Neurosci Biobehav Rev., Sep;68:423-441.

Gotthard GH1, G. H. (2018). Visuospatial word search task only effective at disrupting declarative memory when prediction error is present during retrieval. Neurobiol Learn Mem., Dec;156:80-85.

Gruber MJ1, G. B. (2014). States of curiosity modulate hippocampus-dependent learning via the dopaminergic circuit. Neuron., Oct 22;84(2):486-96.

Karpicke JD1, R. H. (2008). The critical importance of retrieval for learning. Science, 319(5865):966-8.

Mulligan NW1, P. D. (2013). The negative repetition effect. J Exp Psychol Learn Mem Cogn., Sep;39(5):1403-16.

Mulligan NW1, P. D. (2014). Analysis of the encoding factors that produce the negative repetition effect. J Exp Psychol Learn Mem Cogn., May;40(3):765-75.

Mulligan NW1, R. K. (2018). The replicability of the negative testing effect: Differences across participant populations. J Exp Psychol Learn Mem Cogn., May;44(5):752-763.

Skotko et al. (2004). Puzzling thoughts for H. M.: can new semantic information be anchored to old semantic memories ? Neuropsychology. Oct;18(4):756-69.

Toma M et al. (2014), Cognitive abilities of elite nationally ranked SCRABBLE and crossword experts. Applied Cognitive Psychology, vol 28.

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